Sommaire

POURQUOI MULTIPLE

Exemples d’expériences de dissociation
Les coupables dans la famille
Le crime organisé : La pornographie enfantine
L’abus rituel
Bibliographie

POURQUOI MULTIPLE

Exemples d’expériences de dissociation

Jusqu’ici, j’ai évité de parler en détail des événements qui amènent un enfant à se diviser en plusieurs pour pouvoir survivre. Pour comprendre de manière plus intuitive pourquoi cela arrive, quel « avantage » un enfant trouve dans la vie à plusieurs, je voudrais ci-dessous citer des passages de différents livres qui parlent des expériences vécues par des personnes multiples. Attention, ce sont des expériences horribles, cruelles, violentes, douloureuses et traumatisantes. Ces textes sont susceptibles de déclencher des flash-back chez certaines personnes. Ne lisez pas ces textes si vous sentez que cela pourrait vous affecter.

ATTENTION TRIGGER !

Imaginez, il est presque minuit. Le père rentre plusieurs fois par semaine dans un état d’ivresse. Une petite fille dans son lit dans sa chambre d’enfant retient son souffle. Elle sait ce qui se passera, puisque c’est déjà arrivé souvent. La porte s’ouvre doucement et la lumière de l’extérieur rend l’ombre de la personne sur le seuil immense. La petite fille est pétrifiée de peur. Elle ferme les yeux, sent l’odeur de l’haleine de bière et de cigarette, entend une voix chuchoter doucement et menaçant en même temps à travers le vrombissement des battements de son cœur. Des grandes mains caressent, envahissent, s’introduisent, font mal, retiennent ; une main ferme la bouche pour étouffer un cri et la fille halète. Et puis le père se couche sur elle, fait des mouvements saccadés, pousse des gémissements – et puis … Subitement, la fille se sent bizarre. Elle est toute légère. Les sons sont assourdis, la douleur a disparu. De la hauteur au-dessus de son lit, la fille voit, non, elle le ressent plutôt, qu’en dessous d’elle se passe quelque chose d’horrible. La fille toute raide qui est couchée sur le lit, elle lui semble étrangement familière… Elle se sent à nouveau vertigineuse. (1)

Comme Michaela Huber le dit dans son livre, cette scène se répète probablement régulièrement plus ou moins de la manière décrite et plus ou moins violente dans beaucoup de familles dans le monde ! Et ce n’est probablement pas un traumatisme isolé qui rend une personne multiple, mais plutôt la répétition de ceux-ci et le fait de ne pas avoir recours à quelqu’un de confiance. L’abus sexuel ne fait pas obligatoirement partie des événements traumatiques à l’origine du TDI, cependant il semble que cela fasse souvent partie des divers abus que la plupart des personnes multiples a dû subir.

À part les traumatismes complexes, les relations contradictoires avec des personnes proches dans l’enfance peuvent être un autre facteur déclencheur du TDI. Souvent ces deux facteurs sont présents ensemble dans la situation de vie d’un enfant. L’exemple suivant décrit la relation d’une femme multiple Elisabeth et de son frère Gottfried avec leur père (2) :

Gottfried : « J’ai eu deux pères : L’un était pasteur et il était bon. Il avait une présence discrète, indulgente et compréhensive. Et puis, il y avait le père de famille. Il était impitoyable, méchant et punissant. Aujourd’hui je me dis : ‘Celui-là, il était positionné avant le bon dieu.’ Il a fait toutes les lois. Il a dit ce qui devait être et il ne s’y tenait pas, lui-même. »

Elisabeth : « Quand j’étais un enfant, il y avait une tempête d’automne pendant laquelle je pensais que c’était la fin du monde. Et notre père nous a toujours menacés avec le jugement dernier, où nous allions tous en enfer. Ça s’appelait le ‘jour du jugement dernier’ d'autrefois. Et je pensais : ‘Maintenant c’est arrivé.’ La cheminée tombait et je pensais : ‘C’est fini, maintenant tu vas en enfer et y rôtir pour l’éternité.’ Et puis j’ai couru voir mon père dans son cabinet de travail et je lui ai dit que je sais que c’est la fin du monde et que je voulais me confesser pour pouvoir aller au ciel. Et il était tout gentil, il m’a pris sur ses genoux. Et pour la première fois j’avais le sentiment qu’enfin, j’avais le père que j’avais toujours voulu avoir. Il était si gentil. Et je lui ai donc raconté ce que j’ai fait dans ma vie d’enfant : ne pas dire tout à fait la vérité, … prendre une confiserie chez le boulanger. Et je me sentais si légère, précieuse et bien. Et il m’a tout pardonné. Nous avons prié ensemble et il disait ‘Amen’. Et ensuite il disait : ‘Maintenant je ne suis plus le pasteur, qui te pardonne tes péchés, maintenant je redeviens ton père. Et en tant que père, je suis obligé de te punir pour les mauvais actes.’ Et puis, il m’a battue. Et c’était une situation clé pour moi, pendant laquelle je me suis aperçue de la naissance d’une deuxième Elisabeth. Elle s’est formée dans cet instant. Et moi, je me suis catapultée en arrière-plan et je me disais : ‘Tu ne m’auras pas. Tu peux avoir cette … cette Mirjam, celle-là, tu peux l’avoir. Et elle est exactement celle que tu veux. Et on te fera croire cela de manière parfaite’. Je n’ai pas utilisé ce mot-là à ce moment, mais je l’ai pensé de cette manière : ‘Et tu peux faire ce que tu veux, mais tu ne m’auras jamais, moi – jamais de la vie.’ »

(Extrait d’un documentaire à la radio au sujet : « À la recherche du Moi perdu » de R. Krausz, 1999) (2)

Cet exemple explique comment le comportement contradictoire d’une personne proche se traduit à l’intérieur d’un enfant. La fille, Elisabeth, a appris à s’adapter aux rôles différents du père avec la création d’un « rôle parfait », d’une nouvelle identité. (2)

Dans le premier exemple, la petite fille ne semble pas être consciente de la dissociation, il n’y a pas de volonté de se sauver en laissant « une autre personne » subir le traumatisme. On peut imaginer que cette expérience « extracorporelle » est le début d’un mécanisme de sauvetage ou de défense qui sera établi au fur et à mesure de la répétition de situations traumatiques. La question si ces expériences résultent dans le développement d’une personne multiple dépend probablement de divers facteurs. Cependant, il est facile d'imaginer pourquoi la fille ne se rappellera probablement pas de la situation traumatisante le lendemain, pourquoi cela doit être « oublié ». Puisque comment ça serait possible de vivre tous les jours dans cette famille avec ce qu’a fait le père ? Même si la fille s’en souvient, elle ne pourra pas en parler puisqu’elle est trop jeune pour comprendre et le père l’a sûrement terrorisée avec des menaces au cas où elle voudrait en parler. Pour pouvoir vivre comme tous les autres, il est pratiquement indispensable d’oublier ou de créer une identité qui n’a pas subi l’horreur. Et la création d’une nouvelle identité n’est pas forcément consciente comme dans le deuxième exemple. Au moins, ça ne l’est probablement pas pour la personne qui gère le quotidien puisque celle-ci n’a souvent aucune idée des traumatismes vécus. Il est possible qu’il y ait déjà plusieurs identités dont une à plusieurs sont tout à fait au courant de la situation et se connaissent entre elles.

Pour savoir plus sur la perception d’une personne multiple « d’eux-mêmes », il y a quelques exemples sous la rubrique « Le système multiple ».

ATTENTION TRIGGER !

Les coupables dans la famille

En majorité, les filles sont poussées à l’acte sexuel par des personnes de leur famille proche comme le père, le père nourricier, le père adoptif, le grand-père ou le frère. Lors de l’abus sexuel des garçons les coupables sont généralement également des hommes. Il s’agit cependant moins souvent des portraits paternels, mais plutôt des personnes du cercle des connaissances plus large…, qui sont en rapport d’autorité avec les garçons, comme p. ex. le professeur, le curé, le maître nageur ou alors un voisin. L’abus sexuel d’un personnage paternel se porte d’ordinaire sur la fille dans une famille. Ce sera uniquement quand elle sera partie de la maison ou ne sera plus sexuellement disponible à tout moment, la sœur prendra le rôle de la victime de l’abus … Des garçons abusés sexuellement dans la famille le sont régulièrement, et ils sont rarement les seuls à subir des abus sexuels. D’ordinaire, les frères et sœurs sont également concernés. (3)

ATTENTION TRIGGER !

Le crime organisé : La pornographie enfantine

Michaela Huber évoque dans son livre (1) des scènes d’horreur du milieu du crime organisé et spécialement la pornographie enfantine. Les coupables du crime organisé profitent des enfants pour commercialiser des images, des films de contenu sexuel et des « services sexuels » avec des enfants. Et ça ne s’arrête pas là, les enfants sont abusés physiquement, sexuellement, émotionnellement, ils sont torturés et parfois même tués. Ces enfants ont été « dressés » déjà depuis qu’ils sont tout jeunes et sont ensuite « utilisés » pour le crime organisé. Les parents de ces enfants en profitent, mais plus encore les commanditaires derrière le réseau du crime organisé.

La pornographie enfantine fait partie du crime organisé, ce ne sont pas des affabulations. Certains pays ont réagi avec une législation contre ce crime et le résultat à ce sujet peut être consulté ici (4).

Depuis 1996, la révision des lois ayant érigé en infractions pénales la distribution et la possession de pédopornographie par le canal de l’Internet a rendu possibles de nombreuses descentes de police – reposant souvent sur la collaboration des services de police de plusieurs pays – pour perquisitionner dans les maisons et les ordinateurs des fournisseurs comme des clients de ‘pédopornographie’. Dans certains cas, les hommes (et très épisodiquement les femmes) arrêtés lors de ces descentes avaient manifesté un intérêt sexuel plus actif pour les enfants ; dans les autres, rien ne permettait de penser qu’il y avait eu activité criminelle d’un autre type que la possession d’images pornographiques. Dans des cas de ce genre, on se demande souvent pourquoi la simple possession de pédopornographie doit être considérée comme aussi grave. Est-ce un crime, font valoir certains, que de télécharger quelques photos obscènes pour son excitation personnelle ? (5) La réponse est simple : la pédopornographie est presque toujours l’enregistrement d’un crime en train d’être commis. Les enfants que l’on voit sur ces photos ont été, au moment où elles ont été prises, exposés à des actes dégradants et humiliants de caractère criminel. Sur certaines de ces images, ils sont battus ou brûlés ou sont exposés aux pires actes de dépravation sexuelle. Ils font l’objet d’une manipulation psychologiquement éprouvante pour les amener à poser de façon obscène avec d’autres personnes, y compris d’autres enfants. Aucune image pornographique d’un enfant n’a été produite sans que l’enfant souffre. (5)

Ayant depuis longtemps atteint l’âge adulte, il ou elle sait que quelqu’un peut encore être en train de regarder sa photographie, et être ainsi le témoin de sa dégradation et de sa souffrance. Les personnes qui téléchargent de telles images ne sont donc pas d’inoffensifs collectionneurs ou ne sont pas simplement mues par la curiosité. Elles se font les complices d’un crime en perpétuant le commerce lucratif qui détruit la dignité des enfants et, dans les cas les plus graves, leur santé, parfois leur vie. (5)

ATTENTION TRIGGER !

L’abus rituel

Généralement, un abus répétitif dans le même cadre (p. ex. abus dans la même chambre, de la même manière avec les mêmes instruments de torture) peut être considéré comme un abus rituel. Il y a différents formes d’abus rituels, dont l'abus systématiques d'enfants par des Satanistes. Surtout en Allemagne, il existe probablement aussi des cultes germanofascistes avec des rituels incluant l’abus des enfants. (1)

La violence exercée dans le cadre d’un abus rituel a un effet particulièrement traumatisant sur la victime puisqu’elle a l’impression de faire partie d’un acte « sacral » dans lequel elle a été choisie en tant que victime. Généralement, le rituel est refoulé entièrement et avec cela tout le désarroi, l’angoisse de mort, les émotions qui y sont liées et la douleur. (1)

Michaela Huber et d’autres psychothérapeutes ont rapporté des expériences affreuses de leurs clients. Ces récits sont tellement horribles qu’on voudrait ne pas y croire. Il semble incroyable que les humains, les parents mêmes, puissent infliger de telles horreurs à leurs enfants. Je ne veux pas essayer de convaincre de la crédibilité de ces récits puisque je ne veux pas en juger. Si vous voulez en savoir plus, je mets à disposition une liste avec de la littérature à ce sujet ici.

Bibliographie :

1. Michaela Huber : Multiple Persönlichkeit, Überlebende extremer Gewalt, Ein Handbuch, Fischer Taschenbuchverlag GmbH, Frankfurt am Main (1995), p. 13, 85

2. Imke Deistler und Angelika Vogler: Einführung in die Dissoziative Identitätsstörung – Multiple Persönlichkeit, Junfermann Verlag Paderborn (2005), p. 54-56, 58-60, 90 -91

3. Rosemarie Steinhage : Sexueller Missbrauch an Mädchen, Reinbeck : Rowohlt, 1989, p. 14 f

4. © International Centre for Missing & Exploited Children 2008 pour la cinquième édition : Pornographie enfantine : Examen de la législation-type à l’échelle mondiale 2008

5. Note d’information établie par le Groupe d’ONG pour la Convention relative aux droits de l’enfant et ECPAT International en vue du 2e Congrès mondial contre l’exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales.
Dernier accès le 25. Septembre 2010 sur
http://www.csecworldcongress.org/PDF/fr/Yokohama/Background_reading/Briefing_notes/Child%20pornography_fr.pdf